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La gauche de la gauche allemande à Munich

La grande salle de la Freiheizhalle à Munich était pleine à craquer le 18 mars dernier, remplie de gens venus écouter la Vice-Présidente de « die Linke », Sahra Wagenknecht, exposer les thèses développées dans son livre « Freiheit statt Kapitalismus[1] », essentiellement une analyse de la situation économique en Allemagne et en Europe, toujours ravagée par les suites de la grande crise financière, dont le dernier avatar en date est Chypre.

 

Les thèses de Sahra Wagenknecht et de « die Linke » sont connues, et son analyse rejoint largement celle de la gauche en général, en France, non seulement au sein du « Front de Gauche » de Jean-Luc Mélenchon, mais également au PS, mais aussi en Allemagne, au SPD … du moins, dans la rhétorique, en cette période pré-électorale … Les causes de la crise, elles ont maintes fois été dénoncées: fanatisme de la dérégulation et du libéralisme à tout crin à la Thatcher (tiens, puisqu’on parle d’elle ces temps-ci …), de la concurrence « libre et non faussée », de la spéculation effrénée, und … und … und …

 

Cette partie du discours de Sahra Wagenknecht n’était sans doute pas la plus passionnante, dans la mesure où elle répétait des éléments connus, auxquels nous sommes nombreux à souscrire, de même qu’aux solutions qu’elle préconise pour sortir de cette crise: retour d’une puissance publique forte, y compris à l’échelle européenne, avec un Parlement investi d’un véritable pouvoir face à une Commission dépourvue de toute légitimité démocratique, abandon de la politique du « laissez-faire », qui n’est en réalité que le laissez-faire de tous les égoïsmes, tant individuels que nationaux, et cette fameuse liberté celle de renards libres face à des poules libres.

 

Non, le plus intéressant, dans ce discours de Sahra Wagenknecht, a été son analyse de la situation de l’Allemagne, et il était bienvenu d’entendre, enfin, quelqu’un exposer la réalité d’un pays partout présenté comme modè

le, à commencer bien sûr par ses dirigeants actuels, Angela Merkel en tête. Quelques jours seulement après la célébration du 10ème anniversaire de l’Agenda 2010 de Gerhardt Schröder, célébré en héros à la Willi-Brandt Haus de Berlin (siège du SPD), Sahra Wagenknecht a décrit ce que cachent les statistiques officielles de l’économie allemande. A priori, si l’on se fie uniquement à ces statistiques, l’Allemagne se trouve dans une situation florissante, îlot de prospérité dans une Europe en pleine déconfiture. Mais à quel prix ! L’Agenda 2010 tant vanté de Schröder a entraîné un creusement inégalé des écarts de richesse ; la pauvreté ne cesse de s’accroître, et cela, même le « Armutsbericht » présenté quelque temps plus tôt par le ministre des Finances Philipp Rösler ne parvient pas à le masquer, et pourtant, sa parution a été retardée, afin de gommer un peu les aspects les plus négatifs d’un tableau qui très sombre. Oui, le taux de chômage en Allemagne est très bas, mais à quel prix ? Sahra Wagenknecht nous l’a répété, un nombre grandissant d’emplois sont des emplois précaires, à temps partiel, 20 heures par semaine, parfois moins, pas suffisant pour pouvoir vivre décemment, bien en dessous de ces 35 heures que la Droite, en France comme ailleurs, ne cesse de dénoncer comme la source principale de la ruine de l’économie hexagonale.  Le taux de chômage, toujours d’après les statistiques officielles, est faible en Allemagne, mais qui sait, en particulier en France, que les plus de 57 ans sont sortis des statistiques, au motif qu’ils ont très peu de chances de retrouver un emploi (un comble, dans un pays où, par ailleurs, on s’obstine à vouloir reculer progressivement jusqu’à 67 ans l’âge légal de départ à la retraite !). L’Allemagne serait épargnée, dit-on, par cette plaie qui lamine les pays d’Europe du sud, dont fait malheureusement partie la France. Mais qui sait que, par exemple, à la fin de 2012, des jeunes sans emploi ont été « sortis » des statistiques de la Bundesagentur für Arbeit, et transformés en « stagiaires », mis grâcieusement à la disposition d’entreprises comme Amazon, qui ont pu ainsi bénéficier d’une main d’oeuvre gratuite (car rémunérée par ladite Bundesagentur) qui les ont bien aidées à faire face à un afflux de commandes record à l’approche des Fêtes, et à réaliser de juteux bénéfices (lesquels bénéfices, soit dit en passant, dans le cas d’Amazon, échappent à l’impôt en Allemagne …).

 

Il était donc réconfortant d’entendre sur l’Allemagne un discours tranchant sensiblement du discours habituel, celui d’un pays qui « a su faire des réformes courageuses », sous l’égide d’un chancelier intelligent, bien que socialiste, nous ressasse la Droite en France. La Droite, française en particulier, n’apprécie jamais tant les socialistes que quand il mènent une politique de droite : ce fut le cas de Schröder, mais aussi de Blair, qui revint si peu sur la politique de Thatcher (désolé de citer encore son nom … même après sa mort, on a pas fini de parler des ravages provoqués par la Dame de Fer …). Schröder, socialiste ? en tout cas, de nombreux militants ne s’y sont pas trompés, qui, après l’Agenda 2010, ont quitté en masse le SPD et, pour certains, ont rejoint ce qui est aujourd’hui « Die Linke ».

 

Un bémol, toutefois, dans cette soirée à la Freiheizhalle le 18 mars: Sahra Wagenknecht a prononcé son discours, elle a été longuement applaudie, puis elle est partie … pas de place pour le débat avec la salle, pas de temps pour des questions le cas échéant critiques.  Dommage, car ainsi organisée, la soirée avait un peu des allures – osons le terme – « staliniennes ».  Pas très démocratique, quand même …

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[1] „Freiheit statt Kapitalismus – Über vergessene Ideale, die Eurokrise und unsere Zukunft“  – DTV

 

PM

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