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Conférence organisée par le SPD de Munich sur l’Europe avec Julian Nida-Rümelin le 28/11/12

Suite à la publication d’un article remarqué dans la Frankfurter Allgemeinen Zeitung intitulé Für einen Kurswechsel in der Europa-Politik le 4 août dernier, Julian Nida-Rümelin était l’invité du SPD à Munich fin novembre pour parler d’Europe.

La casse sociale opérée en Allemagne dans les années 1990-2000 a été insufflée par le chancelier Gerhard Schröder (SPD), et poursuivie par le gouvernement conservateur d’Angela Merkel (jos à 400 €, suppression du Mindestlohn, pari sur des segments industriels ultra pointus et spécialisés et stratégie puissante à l’exportation par branche). Elle a fait de l’Allemagne un compétiteur économique redoutable qui a fini par mettre à genou ses partenaires européens et lui donne un pouvoir sans précédent dans le cadre de l’Union Européenne.

Julian Nida-Rümelin lui, considère que  ces stratégies individuelles ont atteint leurs limites dans le cadre de l’union monétaire. Il milite pour un changement d’orientation de la politique européenne menée jusqu’ici et critique fortement les choix de la chancelière Angela Merkel dans la gestion de la crise qui ravage les pays du sud de l’Europe.

Plus qu’appréciable, l’orateur commence par insister sur les faits : on parle de crise en Europe, de « crise de la dette » et beaucoup de la responsabilité de la Grèce dans cette tempête en raison de la mauvaise gestion de ses comptes publics. Si la crise touche effectivement l’Europe, que la Grèce est un état gangréné par la corruption, le clientélisme et une économie souterraine démesurée, il est effectivement judicieux de rappeler  que la Grèce n’est pas à l’origine de cette crise mais bien les États-Unis : c’est avec l’effondrement du système de prêts immobiliers à risque américain, la fameuse crise des subprimes que tout a démarré. Oui, rappelons que la planète entière, à commencer par le peuple grec livré à lui-même et sans avenir, mais aussi les espagnols, les portugais et les italiens qui payent le prix fort de l’inconscience ultra-libérale américaine qui continue de se refuser à toute régulation des marchés et qui vit entièrement à crédit dans des proportions démentes.

À Nida-Rümelin d’enchaîner sur la gestion de cette crise en Europe. Précisons que si l’Europe se débat encore dans un marasme économique qui semble sans issue, les États-Unis ne sont pas sortis d’affaire non plus. Même si les perspectives de croissance sont meilleures, les propriétaires américains sont aujourd’hui encore menacés de saisies, des millions d’entre eux sont empêtrés dans des dettes supérieures à la valeur estimée de leur bien. Mais revenons à l’Europe. Pour Nida-Rümelin, les choix qui ont été faits pour répondre à cette crise, choix imposés par la chancelière Angela Merkel secondée par le « vaillant » Nicolas Sarkozy n’ont fait qu’aggraver une situation déjà catastrophique début 2009. D’abord, l’austérité à tout va et comme unique réponse à une crise dont les facteurs sont multiples n’a rien résolu, au contraire, les choses n’ont fait qu’empirer (un chiffre suffit : la dette publique grecque est passée de 112,9% à 170,6% du PIB entre 2008 et 2011* malgré les plans d’aide et les nombreux sommets « de la dernière chance »). L’orateur a mis à ce moment de la conférence une absurdité en évidence : au sein d’une même zone économique et monétaire, certains pays empruntent à des taux 7 fois plus élevés que d’autres (différentiel actuel entre l’Allemagne et l’Italie). La stabilité de l’Euro a pour avantage qu’il est difficile de spéculer sur sa faillite et donc sur la faillite de ses états membres. Mais dans un tel cas, l’attaque peut passer par les Crédits Défault Swaps (CDS) qui permettent à leurs  souscripteurs d’investir en pure perte, mais d’obtenir un large dédommagement si le pays auquel ils ont été attribués fait défaut. Plus il y a d’ouvertures de CDS dans un pays et plus la crédibilité en sa capacité de remboursement est affaiblie, le marché va en déduire que ce dernier n’est plus digne de confiance. Les agences de notation financières vont alors baisser la note de confiance du pays, ce qui aggrave encore davantage les difficultés rencontrées.** C’est ce qui s’est passé en Grèce menant à une déstabilisation de l’ensemble de la zone euro.

Pour lui, si la France est actuellement sous le feu des critiques néo-libérales*** et qu’elle a perdu son triple A auprès de l’agence Moody’s récemment alors que le niveau de ses indicateurs sont similaires voire même meilleurs par exemple que ceux du Royaume-Uni, c’est pour une raison simple : elle est membre de la zone euro contrairement au Royaume-Uni.

Ce constat montre à quel point, l’Europe reste vulnérable tant qu’elle se contente d’une union monétaire tout en refusant d’en partager les responsabilités par une intégration politique. L’Europe subit la crise depuis 5 ans sans réussir à la régler parce que les solutions portées par l’Allemagne sont intergouvernementales, elle se focalisent sur la seule discipline budgétaire individuelle de ses états membres, alors que les causes des échecs successifs des plans d’aide et des mesures d’austérité infligées sont institutionnelles. Si monnaie unique il y a, il faut également que les responsabilités budgétaires, fiscales et sociales soient partagées. Le refus systématique d’Angela Merkel pour la communautarisation d’une partie de la dette européenne via les fameux Eurobonds, cet immobilisme se contentant d’un statut quo perturbé de temps à autres par des plans de sauvetage visant à maintenir un pays sous perfusion alors que ses métastases cancéreuses continuent de se répandre est suicidaire. La position de Nida-Rümelin est claire : sans renforcement de l’intégration européenne, à savoir la création d’une véritable union politique passant par un parlement européen puissant et une harmonisation des politiques économiques, fiscales et sociales, l’Union Européenne qui a apporté paix et prospérité à un continent qui ne connaissait que les guerres, disparaîtra. L’Union Européenne telle qu’il la rêve serait alors, la zone la moins endettée comparée au Japon et aux États-Unis, ce qui lui donnerait la marge de manœuvre nécessaire à la mise en place d’une vraie stratégie industrielle, d’innovation mais aussi de politiques sociales solides.

Assister à cette conférence nous a permis de vérifier que pour ce qui est de l’avenir de l’Union Européenne, certains membres du SPD partagent notre analyse. De là à dire que le SPD au pouvoir serait moins frileux qu’Angela Merkel en matière d’intégration européenne serait exagéré. Mais il est rassurant d’entendre un tel discours en Allemagne, considérant comme nous que l’austérité imposée n’a fait que mettre sous perfusion des cancéreux. Alors que comme ces nombreux patients grecs renvoyés chez eux pour mourir d’une tumeur détectée à temps pourtant parce que les dépenses de santé ont été coupées (contrairement aux dépenses en matière d’armement), c’est d’une chimio dont l’Europe a besoin. Et en urgence.

 

*Source : Eurostats

**Source : Comment fonctionne la spéculation contre un état, une monnaie ?, LUNIL

** *Cf.  dossier « La France, bombe à retardement au coeur de l’Europe », The Economist du 17 novembre beaucoup moins incendiaire et plus intelligent que sa couverture provocante ne laissait entendre et surtout plus fin que les articles outranciers et simplistes parus ensuite notamment dans la presse allemande dont les auteurs n’avaient d’ailleurs visiblement pas pris la peine de lire le fameux le numéro de The Economist auquel ils se réfèraient

 

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