Soutenez le PS

Adhérez au PS

Politiques énergétiques: les différences entre la France et l’Allemagne

Il y a des choses qui frappent toujours les Français visitant l’Allemagne pour la première fois : les gens attendent sagement que le feu passe au vert pour traverser la rue, même après minuit, tout le monde se déplace à vélo, et enfin, même dans les plus petits villages, énormément de maisons et d’immeubles sont équipées de panneaux solaires.

 

Depuis le début des années 70, la France a fait le choix du tout nucléaire,  à tel point que la part de nucléaire dans le mix énergétique en France atteint les 75%. En Allemagne, cette part était de 22% au début de l’année.

 

Pendants les débats des Primaires Citoyennes, François Hollande a annoncé ses intentions sur le nucléaire. Il les a réaffirmées dans une lettre le 28 novembre publiée par le journal Le Monde : l’ère du tout nucléaire et du tout pétrole pour les transports est fini, il nous faut maintenant travailler vers la transition énergétique et miser sur le développement des énergies renouvelables. Il propose la réduction de 75% à 50% de la part de l’énergie nucléaire dans notre mix énergétique d’ici à 2025, tout en assurant une sécurité de l’approvisionnement et un prix raisonnable pour les consommateurs. Mais cette transition prendra du temps, trois quinquennats. Le premier projet allant dans ce sens sera de fermer la plus ancienne des centrales nucléaires de France à Fessenheim en Alsace comme le demandent notamment les autorités suisse et allemande, cette centrale étant construite sur une faille sismique à quelques kilomètres de Bâle et de Fribourg. Louper le coche de la transition énergétique vers les énergies renouvelables serait un coup dur de plus pour notre économie qui souffre déjà assez de la crise et de la politique d’austérité lancée par le gouvernement. En effet, cette transition doit être supportée par la recherche, un renouvellement du parc d’habitation et une chose est sûre, les pays engageant cette transition vers les énergies renouvelables tôt auront un très net avantage sur les autres en matière d’innovation, d’expertise et, bien sûr, de création d’emplois. Les Allemands, eux, ont déjà pris une bonne longueur d’avance de ce côté.

 

Mais la fin du nucléaire plébiscitée par les Allemands après le drame de Fukushima et prévue pour 2022 par le gouvernement d’Angela Merkel passe hélas aussi par le charbon en Allemagne, comme le décrivait un article dans Le Monde daté du 24 octobre dernier : depuis que 7 des 17 réacteurs nucléaires que compte l’Allemagne ont été mis à l’arrêt, la menace de coupures d’électricité pèse pour cet hiver.  L’Allemagne est obligée d’importer de l’électricité pour éviter une rupture de l’approvisionnement. Du moins dans l’immédiat : l’Allemagne s’était engagée en 1990 à diminuer ses émissions de CO2 de 40% en 2020, ce qui rajoute un challenge de plus au problème énergétique.  Leur loi prévoit d’ailleurs que la part d’énergie renouvelable passe à 80% d’ici 2050. Un des problèmes de l’Allemagne est la disparité géographique de la production et de la consommation d’électricité : l’essentiel de l’électricité renouvelable est produite dans le nord du pays, alors que les lands les plus demandeurs en électricité sont le Bade-Wurtemberg et la Bavière situés dans le sud. La sécurité de l’approvisionnement devient ainsi un des soucis majeurs : de plus en plus d’éoliennes sont mises à l’arrêt afin de ne pas surcharger le réseau électrique au nord du pays où se trouvent l’essentiel du parc éolien, alors que cette énergie pourrait être utilisée au sud, comme le décrivait un autre article paru dans Le Monde le 31 octobre dernier. Le réseau des lignes à haute tension en est, pour l’instant, incapable. Une preuve de plus, s’il en fallait, que la sortie du nucléaire n’est pas possible dans l’immédiat dans notre pays comptant trois fois plus de centrales nucléaires.

 

Du côté du coût, nul ne peut vraiment estimer quel sera le prix de cette réduction de la part du nucléaire dans notre production d’électricité mais un rapport de l’Union française de l’électricité estime que la mise en conformité des réacteurs existants, en vue de leur prolongation de vie, coûterait au moins aussi cher que de réduire cette part de l’énergie nucléaire. Ce rapport, quand il était sorti en 2009, avait été classé « secret défense », ses conclusions seraient-elle gênantes pour le gouvernement ? C’est également cette opacité qui règne autour des chiffres d’une possible sortie du nucléaire ou bien même de l’entretien des centrales existantes qui inquiète les consommateurs.

Et les problèmes survenus durant la construction de l’EPR de Flamanville ne rassurent guère : béton qui s’effrite, mise en garde de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN) concernant la fiabilité du contrôle commande de la centrale, doublement du prix de construction et même deux morts déjà sur le chantier… Et la sécurité dans les centrales existantes ne cesse également de baisser et les incidents se multiplient : on a vu une hausse de 14% d’incidents significatifs en 2009. A force de déléguer ce travail à des sous-traitants qui ne sont pas contrôlés, EDF et Areva compromettent la sécurité des centrales nucléaires françaises dans le seul but d’augmenter leurs bénéfices.

 

La révision d’une centrale nucléaire a été estimée à 600 millions d’euros fin 2010. Pour les 58 centrales que comptent la France, il s’agirait donc de près de 35 milliards d’euros. Mais depuis Fukushima, l’Autorité de sureté nucléaire a incité le gouvernement à renforcer la sécurité des centrales et nul ne sait quel surcoût cela apportera au maintien en activité des 58 centrales.  En Allemagne, le coût de la sortie du nucléaire s’annonce plus élevée que prévu, révélant une sous-estimation chronique du coût du démantèlement des centrales nucléaire et au delà, du coût réel de l’énergie nucléaire. La fermeture des 17 réacteurs nucléaires restants pourrait même dépasser les 18 milliards d’euros, ce qui est de mauvais augure pour le démantèlement des centrales françaises, ce qui arrivera un jour ou l’autre.

 

La transition énergétique se jouera sur trois tableaux : l’incitation, grâce à des remises fiscales, la réduction du besoin en prônant la sobriété de la consommation et le développement de technologies moins gourmandes et enfin le développement d’énergies renouvelables. Et en termes d’énergie renouvelable, nous sommes plutôt gâtés en France : géothermie, biomasse, solaire, éolien, maritime, toutes ces énergies sont disponibles dans l’hexagone. Or nous n’utilisons pas assez l’énergie de la nature : les énergies renouvelables constituent moins de 8% de notre mix énergétique. Les raisons sont multiples : manque d’expertise indépendante, lobby extrêmement puissant, manque de volonté de la part des dirigeants… En Allemagne, la sortie du nucléaire a été négociée avec le secteur privé et fait l’objet d’un consensus entre conservateurs et libéraux. Quant aux mesures de limitation de la consommation d’énergie, l’association indépendante Négawatt dénonce plusieurs hérésies dans la politique énergétique de la France : 30% du parc d’habitation se chauffe à l’électricité, imposée par la politique énergétique décidée par Messmer dans les années 70. De plus, pour gérer les pointes de la demande en hiver, il est nécessaire d’avoir recours à d’autres sources d’énergie telles que des centrales à gaz, les centrales nucléaires ne pouvant être arrêtées durant les périodes de basse consommation.  L’association donne d’autres exemples, comme la consommation en électricité d’un panneau publicitaire qui est équivalent à la consommation de 6 Français réunis. De plus, le développement d’éco-quartiers se démocratise et montre que même à Paris où une centaine de bâtiments ont été construits selon ces normes, il est possible de subvenir à la consommation de chauffage et d’eau chaude avec un bilan neutre, sans émission de CO2 et sans l’utilisation d’énergie fossile. Enfin, cette sobriété doit aussi passer par l’efficacité des appareils électriques, par l’éducation et la sensibilisation de toutes les tranches d’âges de la population, plus de régulation et de l’incitation fiscale. La recherche est le meilleur atout pour abaisser le prix des énergies renouvelables et c’est également la recherche scientifique qui apportera les solutions de demain pour restreindre notre consommation électrique : réfrigérateurs, ordinateurs, luminaires et gadgets électroniques consomment bien moins d’énergie aujourd’hui qu’il y a 10 ans et cette tendance ira crescendo dans le futur.

 

N’oublions pas qu’en Europe, nous partageons tous les risques liés au nucléaire. Et si quelques pays décident  la sortie du nucléaire, ils ne sont pas à l’abri des risques engendrés par les centrales des pays voisins. Pour réussir notre transition énergétique, une coopération politique sur l’énergie au niveau européen sera, une fois de plus, nécessaire pour faire avancer l’Europe toute entière, comme cela a été le cas lors des premier pas de la construction européenne qu’ont été la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier en 1951 et la Communauté Européenne de l’Energie Atomique en 1957. A quand une communauté européenne des énergies renouvelables ?

 

A lire :

–       La lettre ouverte de François Hollande “Réussir la transition énergétique” sur le site Le Monde

–       Les éoliennes allemandes de plus en plus souvent au chômage technique, Le Monde

–       Allemagne: la fin du nucléaire passe par le charbon, Le Monde

 

A voir:

–       le site de l’association Négawatt

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.