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L’obsession de l’Allemagne

Depuis des lustres, la France observe son voisin d’outre-Rhin avec des sentiments mitigés, crainte pendant longtemps, admiration ensuite devant la façon dont il s’est relevé après 1945, puis a réussi sa réunification. Au-delà des liens crées par la proximité géographique et une histoire commune bien que souvent tragique, nos deux pays sont devenus de plus en plus interdépendants depuis 1945, et la référence pavlovienne au « couple franco-allemand, moteur de la construction européenne » fait partie des « éléments de langage » obligés de tout responsable politique ou économique qui se respecte.

 

Depuis environ un an, cette référence à l’Allemagne semble avoir viré à l’obsession. A tout bout de champ, il est question de « nos amis allemands », que la France devrait imiter pour les rattraper sur le tableau d’honneur de la bonne gestion. L’Allemagne, elle, a quitté son « profil bas » et fanfaronne maintenant en « bon élève de la classe européenne ». La maîtresse d’école Angela Merkel tance les cancres qu’elle exhorte à se discipliner pour mériter eux aussi les bonnes notes des agences de notation.

 

Certes, si l’on compare sa situation à celle de ses voisins, l’Allemagne mérite ses bonnes notes, et on peut comprendre que lesdits voisins pensent qu’elle s’en sort si bien parce qu’elle a les bonnes recettes. De là à préconiser l’application de ces recettes partout, il n’y a qu’un pas, d’où cette rengaine récurrente maintenant en France: « faisons comme les Allemands! ». En regardant de plus près, on voit cependant que l’Allemagne n’est pas aussi parfaite qu’elle le croit et veut le faire croire. Le pays est riche, mais compte de plus en plus de pauvres: revers de la médaille d’une rigueur budgétaire citée en exemple, mais à l’origine de grave reculs sociaux. Le chômage y est moins élevé, mais qui, parmi les thuriféraires de l’Allemagne, sait que de nombreux emplois sont partiels, avec des rémunération partielles permettant peut-être de survivre, mais pas de vivre décemment. Nous savons aussi que faute de structures d’accueil pour les enfants, bien des femmes renoncent à travailler. L’Allemagne, enfin, a elle aussi de sérieux défis à relever, à commencer par le vieillissement de sa population, véritable bombe à retardement, qui n’existe pas en France.

 

Chaque pays a ses problèmes spécifiques. Vouloir appliquer à l’identique dans un pays des recettes réputées efficaces dans un autre témoigne d’une grande ignorance de la réalité, or très peu de responsables français connaissent vraiment la réalité allemande, et beaucoup vivent sur des clichés qui les arrangent.

 

A nous donc, Français vivant en Allemagne, d’être les ambassadeurs de notre pays d’accueil, et de remettre les choses en place à son sujet dans les esprits français. Expliquons ce qu’il y a de bien en Allemagne, ce qui pourrait, moyennant adaptations, fonctionner aussi en France, mais surtout, détruisons les idées fausses. Si s’inspirer des voisins peut être utile, vouloir copier aveuglément tout ce qu’ils font témoigne d’une grande naïveté. Alors, débarrassons-nous de cette obsession, et cessons de « sauter comme des cabris en répétant: l’Allemagne! L’Allemagne ».

 

Par Philippe Moreau
Président de l’Association Démocratique des Français de Munich
Section locale de Français du Monde – ADFE

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